Jacky TERRASSON
Biographie
Animé par un regain de vitalité, le pianiste Jacky Terrasson est de retour sur Blue Note, après “Smile” paru en 2003, avec un superbe album solo, “Mirror”. Il regroupe des standards revisités, un autre appréhendé pour la première fois et six titres originaux, tous marqués par la joie de vivre spontanée qui caractérise le musicien. Ce premier disque solo était en gestation depuis plusieurs années, mais Jacky Terrasson a attendu le bon moment pour le publier, après avoir accepté le challenge intimidant d’entrer seul en studio. CARTE BLANCHE
« Je n’arrêtais pas de retarder l’échéance car je ne me sentais pas prêt, confie Jacky Terrasson, basé à New York. Se retrouver seul en studio est la chose la plus difficile au monde. Dans une pièce, sans public, il n’y a que soi-même, le piano et des micros. Il faut tout faire, fournir l’ambiance, le tempo, la couleur. On ne peut s’empêcher d’être conscient de ça. Mais dès que je me suis senti prêt, j’ai foncé. » Il est alors entré en studio avec le célèbre ingénieur du son Joe Ferla dont Jacky Terrasson dit : “Il a exprimé quelques bonnes idées intuitives, et notamment comment me placer dans le studio pour que je sois capable de jouer dans mon petit monde. »
Le style distinctif du pianiste, qui a attiré l’attention du monde du jazz en 1993, en remportant la Thelonious Monk Competition, est mis en exergue ici. Un prix qui a incité le New York Times Magazine à écrire de lui qu’il était un des trente artistes âgés de moins de trente ans susceptibles d’avoir un impact sur la culture américaine dans l’avenir.
Jacky Terrasson a signé avec Blue Note l’année suivante, et publié une dizaine d’albums célébrés par la critique depuis. Le New York Times a dit de lui qu’il était “génial de façon fiable” et l’International Herald Tribune a loué son “sens du rythme très personnel et sa surnaturelle aptitude à passer de pianissimo à fortissimo sans étape”.
“Mirror” est un disque plutôt exubérant, espiègle et trépidant. La plupart des titres met en exergue la relation intime que le pianiste entretient avec la mélodie tout en prenant des libertés avec l’harmonie et le rythme.
Chaque fois que je joue un standard, je lui donne un ton particulier, dit Jacky Terrasson qui cite Lennie Tristano et Paul Bley, deux influences au phrasé remarquable. Un standard est à la fois une ancre et un véhicule qui permet de s’exprimer vraiment. J’aime improviser sur la structure, pour démantibuler un titre avant de le reconstruire. Lorsque je joue, je cherche des drôles de recoins et des angles différents pour le phrasé.”
Un des temps forts de “Mirror” est la reprise de “You’ve Got A Friend”, de Carole King. “C’est James Taylor, que je n’ai découvert qu’il y a quatre ans, qui m’a fait connaître cette chanson, avoue Jacky Terrasson. J’ai grandi en Europe, dans les milieux classique puis be-bop, et j’étais plus ou moins hermétique au reste. J’ai entendu cette chanson à la radio et l’ai adorée.
Les compositions originales de Jacky Terrasson sont au mois aussi captivantes : la douce “Juvenile” est une des premières chansons qu’il a écrites, en 1984, sous le titre “Hakima’s Eyes”. “Je ne l’avais jamais enregistrée, précise-t-il. J’aime son thème de valse et sa mélodie qui montrent mon côté romantique.”
Un des titres les plus poignants sur “Mirror” est “Tragic Mulatto Blues”, en mi-bémol, qui laisse transparaître l’éducation classique reçue par Jacky Terrasson. Il le joue avec la main droite angélique et la gauche, plus résolue, et les deux dialoguent ensemble. La composition fait référence à son héritage mixte : son père est français, sa mère, afro-américaine. “Il traite de quête d’identité », dit-il. « On m’a toujours poussé à choisir entre mes origines, entre mes cultures, et ce morceau me rappelle mon état d’esprit et tout ce que je traversais lorsque j’étais adolescent, puis quand j’ai eu vingt ans…”
“Mirror” s’achève par le morceau-titre de l’album qui, selon Jacky Terrasson, reflète l’excitation et le stress causés par l’enregistrement d’un disque solo, et “Go Round”, à la fois tendre et dansant. A propos de “Mirror”, une étape importante dans la discographie de Jacky Terrasson, il déclare qu’il aimerait développer l’aspect piano solo de sa carrière. “J’adore donner des concerts en solo et j’ai hâte de voir comment ce répertoire va évoluer sur la route.”
Concert du dimanche 13 septembre 2009
Carte blanche








